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La liberté de l'Europe dépend de sa capacité d'action

vor 6 Stunden
4 Min. Lesezeit

Réflexions sur la démocratie, la souveraineté et la social-démocratie dans un nouvel ordre mondial


L'Europe est confrontée à une évolution dont nous sous-estimons peut-être encore la portée. L'ordre international au sein duquel l'Union européenne s'est développée devient de plus en plus fragile. La rivalité entre les grandes puissances s’intensifie, les dépendances économiques et technologiques deviennent des leviers de pouvoir politique, les guerres ont refait leur apparition en Europe et même les sociétés démocratiques sont mises sous pression.

La Commission européenne elle-même évoque désormais une érosion de l’ordre international fondé sur des règles et cite la compétitivité économique, l’autonomie stratégique, le développement technologique, la résilience sociale et la protection de la démocratie comme autant de défis interdépendants.


Cela soulève une question fondamentale : L’Europe est-elle encore organisée politiquement de manière à pouvoir rester capable d’agir dans ce nouveau monde ?


L’Union européenne n’est pas un État. C’est un système de souveraineté partagée qui s’est développé au fil de l’histoire. Le Conseil européen, composé des chefs d’État et de gouvernement, définit les grandes orientations politiques. La Commission dispose d’importantes fonctions d’initiative et d’exécution. Le Parlement et le Conseil adoptent conjointement la majeure partie de la législation européenne. Cet équilibre protège les États membres, les différentes traditions politiques et les intérêts nationaux. Il constitue un élément essentiel du modèle européen de réussite.


Mais sa force peut aussi devenir sa faiblesse.


Un ordre fortement axé sur l’équilibre et le consensus se heurte aujourd’hui à un monde où les décisions géopolitiques se prennent de plus en plus rapidement. L’Europe peut être un poids lourd sur le plan économique tout en agissant trop lentement sur le plan politique. La question décisive n’est donc pas simplement « plus ou moins d’Europe », mais : Quelles décisions devons-nous pouvoir prendre ensemble pour que nos États restent réellement souverains demain ?


Pour les petits pays comme le Luxembourg, ce paradoxe est particulièrement évident. La souveraineté nationale et la souveraineté européenne ne sont pas nécessairement antinomiques. Face aux géants technologiques mondiaux ou aux grandes puissances, un petit État ne dispose à lui seul que d’un pouvoir d’action limité. En collaboration avec ses partenaires européens, il peut contribuer à définir les règles et défendre ses intérêts.


La capacité d’action européenne est donc aussi une question d’autodétermination démocratique.


Il serait toutefois erroné de chercher les défis de l’Europe exclusivement à l’étranger. Les démocraties peuvent subir des pressions extérieures, mais leur résilience naît de l’intérieur. Lorsque les citoyens ont durablement l’impression que la politique se contente de décrire les problèmes sans plus être capable de les résoudre, la confiance s’effrite. La désinformation et la polarisation peuvent accélérer ce processus. Elles ne sont toutefois pas la seule cause de la perte de confiance dans la politique.


C’est là que commence, à mes yeux, une mission centrale de la social-démocratie moderne.


La social-démocratie a toujours été particulièrement forte lorsqu’elle a compris la liberté au-delà de sa simple dimension formelle. Ceux qui doivent craindre pour leur logement, leur emploi, leur couverture santé ou leur retraite disposent certes de droits démocratiques, mais ne peuvent exercer leur liberté que de manière limitée.


Au XXIe siècle, nous devons élargir cette réflexion.


La sécurité sociale, la performance économique, la stabilité démocratique et la capacité d’action européenne sont aujourd’hui indissociables.


Sans une économie compétitive, il n’est pas possible de financer durablement un État social fort. Sans cohésion sociale, le progrès économique perd sa légitimité sociale. Sans institutions démocratiques qui fonctionnent, la confiance s’effrite. Et sans une Europe capable d’agir, même les États-nations économiquement prospères risquent de plus en plus de devenir les objets des décisions prises par d’autres.


Cela n’implique ni la création d’un État central européen, ni l’abandon des identités nationales. L’Europe tire justement sa vitalité de sa diversité. Mais la diversité ne doit pas être confondue avec l’incapacité d’agir.


Nous devrions donc discuter ouvertement des domaines dans lesquels l’unanimité reste nécessaire, de ceux où les décisions à la majorité seraient plus judicieuses, des droits démocratiques dont le Parlement européen devrait disposer à l’avenir, et de la manière dont les décisions européennes peuvent devenir plus transparentes et plus compréhensibles pour les citoyennes et citoyens.


Mais surtout, l’Europe a de nouveau besoin d’une promesse politique positive.

Pas une Europe née de la peur de la Russie, de la Chine ou des États-Unis. Mais une Europe issue de la volonté affirmée de pouvoir façonner nous-mêmes notre modèle de société : démocratique, social, économiquement performant et ouvert sur le monde.


Pour les sociaux-démocrates, cela ne devrait pas être une question secondaire de la politique étrangère. Cela touche au cœur même de notre identité politique.

Car en fin de compte, il s’agit d’une question très simple :


Qui doit décider de notre avenir ?


Notre réponse devrait être : des citoyennes et citoyens libres au sein de démocraties fortes – en collaboration avec nos partenaires européens, là où l’action commune nous rend plus forts et plus libres.


L’avenir de l’Europe ne se joue donc pas uniquement en fonction de sa puissance économique. Il dépend de la capacité à transformer cette force commune en capacité d’action commune – et à garantir que cette capacité d’action reste démocratique et sociale.

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